24/09/2009

Lettre de la montagne

 

 


            Chers amis, nous voici en juillet ! Bonne nouvelle : les Marcheurs de la Police de Binche sont bien rentrés du solstice d’été en altitude.

 

            Tel Peter Pan, le Président José y a guidé ses amis à la rencontre du « Grand Bleu à la montagne » : le lac de Serre-Ponçon  à Chorges. Un patrimoine exceptionnel dont la beauté subjugue !

            Au terme d’un long voyage réglé comme une horloge par notre chauffeur préféré Michel, nous arrivons à l’heure prévue, le 20 juin 2009 au VVF Village « Le Vergeret oriental » à Chorges.

 

Du premier instant, nous sommes sous le charme du lieu. Expérimentant d’office le dénivelé  du sentier d’approche, on décharge, on glisse, on transporte, on s’installe. Nos logements rénovés, bien accommodés s’ouvrent à l’Est sur un balcon privé dominant un paysage grandiose : le lac d’un bleu profond, serti de montagnes ensoleillées où se jouent lumière et nuages. D’un balcon à l’autre les « Oh ! », les « Ah ! » témoignent de la satisfaction de tous.

 

Bien vite, la fin du jour s’étire sur la baie Saint Michel modifiant sous nos yeux un paysage dont chaque instant du séjour nous dira  la continuelle métamorphose.

 

Arrive alors l’heure de se réunir pour un premier repas du soir. Nombre de curieux parmi nous ont déjà fait un  tour du propriétaire et chemin faisant racontent les 110 logements répartis en quatre petits bâtiments étagés à proximité du pavillon central, la piscine extérieure chauffée, le bassin pour enfants tous deux bordés d’une large plage dallée sécurisée..

Au restaurant, un maître d’hôtel nous accueille à l’entrée d’une salle de 160 couverts avec de larges baies vitrées sur le lac. Il nous invite à prendre place à notre convenance aux tables garnies de serviettes brunes. Les groupes se forment selon les affinités : l’ambiance est chaleureuse. Le rouge, le rosé nous attendent. Bien sûr nous levons notre verre au Président, à nous et aux vacances !

Nous nous attendions à un buffet, mais le rêve continue, nous sommes servis à table : entrée, plat, fromage, dessert défilent pour réconforter les futurs montagnards. Pendant une semaine, nous profiterons ainsi, sans complexes de la gastronomie française, le VVF nous proposant une cuisine variée, traditionnelle ainsi que quelques spécialités locales.

 Pour ce premier soir, la fatigue du long voyage se fait sentir et chacun rentre assez tôt pour se reposer dans le confort retrouvé.

            Le dimanche 21 juin, premier jour de l’été, un beau lever de soleil sur le lac attire au balcon les nouveaux touristes que nous sommes. Les « bonjour ! Bien dormi ? » fusent de partout : c’est un bon début !

A la salle à manger, un copieux buffet petit déjeuner nous permet de prendre des forces avant d’entamer le programme de la journée.

            Bonne idée de découvrir Chorges le jour du marché hebdomadaire car historiquement, cette ville fut un important lieu de commerce implanté au lieu-dit le Château au pied du Piolit. Sous les Romains, c’était une des principales agglomérations de la voie reliant Turin à Arles et ses premiers habitants , les Caturiges, furent connus comme de grands commerçants avec leur région et l’Italie du Nord. Pour notre part, nous flânons entre les échoppes et les boutiques qui bordent les deux rues principales, le regard parfois accroché par une maison ancienne, une belle porte sculptée.

Les étals foisonnent de produits du terroir : miels, confitures, fromages, fruits, Génépy et autres apéritifs aux herbes ou encore paniers tressés, ceintures en cuir, vêtements d’été…Une détente agréable, une rencontre avec les habitants de la région, étonnés de cette première invasion touristique. Il paraît que la neige les avait quittés il y a peu ! Ce petit coin idyllique aurait-il une face cachée ? A nous de le découvrir. Pour l’heure, tout se termine en terrasse, au soleil.

A notre retour , le Directeur du centre VVF nous accueille dans la salle de spectacle avec un film illustrant la région idéalement située entre le lac de Serre-Ponçon et le Parc National des Ecrins. Point de départ pour pratiquer de belles randonnées, le Village Vacances Familles est partenaire de F F Randonnées, il met à notre disposition un feuillet Rando et propose sept circuits de 6 à 9 Km avec précision du dénivelé cumulé, des altitudes mini et maxi. Pour la plupart d’entre-nous c’est une nouveauté que nous nous promettons bien de découvrir puis c’est la présentation des animateurs pour de belles soirées de danses ou de jeux.

La Direction nous offre ensuite le verre de bienvenue que nous partageons avec un autre groupe originaire de Vichy avant de passer à table.

 

L’après-midi, le Président a prévu pour ses marcheurs le contact direct avec la montagne et le car conduit le groupe à la station des Orres(1650m).

 Bien qu’elle emprunte son nom au village ancien situé sur le versant opposé, la station des Orres se pose en balcon du lac de Serre-Ponçon. Elle étage à mi-pente ses châlets-résidences et ses hôtels aux façades de bois. Labellisée « Famille-plus montagne »la station est très appréciée des familles. Si, l’hiver, ski alpin, surf, ski de fond et raquettes occupent les visiteurs, l’été, VTT, sports aériens, équitation et mini-golf s’ajoutent aux plaisirs de la randonnée dans une forêt de mélèzes et de pins à crochets.

Comme toujours chez les gens de Binche, rien n’est imposé. Une bonne dizaine des marcheurs les plus aguerris choisissent de se lancer dans une randonnée de 2 à 3 heures en haute montagne : le car les dépose au départ convenu.

Lorsque tous les autres abordent la station en début d’après-midi, une compétition de VTT s’achève. Les derniers vététistes s’élancent à l’assaut des pentes par le télésiège qui les hisse avec leurs vélos à 1900 m, puis, casqués et bien équipés, ils dévalent la pente sous nos yeux en pédalant à toute vitesse. Tout se passe bien : ils nous mettent en confiance. Comme eux, nous n’hésitons pas à prendre place dans le télésiège : en route pour les hauteurs !Quelle sensation ! Déjà, c’est une aventure. Nous admirons le superbe paysage sans oublier de sauter prestement à l’arrivée. Le Président a dosé les difficultés pour ce premier contact avec l’altitude : nous n’aurons qu’à descendre à pied

en suivant les flèches et même pour les moins téméraires, il est possible de redescendre en télésiège. La plupart d’entre-nous recherchent les indications de parcours pour

entamer la descente : ce n’est pas évident de s’y retrouver mais nous y arrivons tout en gardant l’œil sur le télésiège car c’est au pied de l’embarquement qu’il s’agit d’arriver !

C’est ainsi que , tout à coup, nous voyons avec surprise cinq des nôtres suspendus entre ciel et terre dans un télésiège bloqué !...Ils s’étaient promis de boire à la santé des marcheurs en descendant comme ils étaient venus. Quelle tuile ! Une famille et leurs amis peut-être en danger ? Le temps passe. Les marcheurs terminant leur descente arrivent à la terrasse où le Président et son comité d’accueil s’interrogent : « Y en aurait-il davantage suspendus entre ciel et terre ? » On se compte : il en manque. Ce n’est pas la panique mais l’inquiétude grandit. Les techniciens s’activent, des moniteurs vont soutenir le moral des touristes suspendus. Finalement, tout se débloque grâce au spécialiste rappelé de chez lui. Eh oui, c’était dimanche et un début de saison pour le télésiège version été ! Tout est bien qui finit bien : les « rescapés » retrouvent la terre ferme, les « perdus »  nous rejoignent enfin à pied, bien à l’aise… à notre grand soulagement. Chacun se remet de cette aventure autour d’un rafraîchissement bien mérité quand arrivent nos randonneurs de haut niveau qui confirment la difficulté de se repérer en montagne

Facile d’imaginer l’ambiance du retour : les rires et les conversations à bâtons rompus résonnent dans le car dont nous apprécions le confort.

A l’hôtel, c’est le réconfort : apéro pour certains, délices du jacuzzy ou fraîcheur de la piscine pour les autres. Après un bon souper , la soirée s’anime avec les premières parties de pétanque ou une promenade au bord du lac ou encore le film proposé en salle de spectacle :ce jour-là « Ne le dis à Personne » avec Nathalie Baye. Ainsi s’achève pour les Marcheurs de la Police de Binche un premier jour d’été mémorable !

 

            Lundi 22 juin, nous partons pour la journée à destination du Parc Naturel Régional du Queyras soit 60.330 hectares de secrets à partager. Eric, notre guide-accompagnateur et fin connaisseur des lieux commentera  pour nous tout le voyage car notre Président et son grand argentier n’ont pas lésiné sur les moyens pour rendre nos découvertes profitables.

Tandis que le car suit le ruban d’asphalte qui parfois semble l’unique trace de civilisation, nous apprenons que, selon la géologie, voyager en Queyras c’est parcourir un mille-feuille dont la pâte se compose de sédiments déposés au fond de la mer alpine , poussée vers le haut lors de la formation des  Alpes, la crème serait les nappes de roches volcaniques infiltrées 

! Cette structure dessine ainsi des montagnes en dents de scie et des crêtes où les paillettes de mica scintillent sous la lumière déjà méditerranéenne sans oublier les glaciers comme sculpteurs. Pour nous, le Queyras c’est avant tout une montagne ensoleillée où défilent des paysages alternant les pelouses fleuries qui hébergent des troupeaux en alpages ou encore de belles vues sur Château-Queyras dont le piton rocheux obstrue l’entrée de la vallée du Guil, paradis des kayakistes. Notre guide se révèle intarissable. Avec lui nous découvrons le Queyras mais aussi l’aspect humain de ce parc naturel. Savez-vous que si ces paysages sont préservés, c’est aux paysans Queyrassins d’hier qu’on le doit et à ceux d’aujourd’hui, pour une agriculture en  accord avec le milieu ? Ce parc fondé en 1977 regroupe 7 communes

(Abriès , Aiguilles, Arvieux , Ceillac, Château-Ville-Vieille, Molines et Saint-Vérans)

qui ont signé la charte de préservation du site et de la nature, faune et flore. Ces hommes ont réussi la concrétisation d’un défi ambitieux : développer l’économie du pays dans un total respect de la tradition montagnarde. Nous n’allons pas tarder à en avoir la preuve.

L’objectif central de la journée est le plus haut village d’Europe : Saint–Vérans à 2040 mètres

 Le groupe de randonneurs confirmés y prend le départ pour des heures de marche en montagne. Ils  suivront la carte pour un bain de nature en alpages et glaciers. Les magnifiques photos qu’ils en ont rapportées en disent bien plus qu’un long discours 

 

Les touristes quant à eux sont conduits au vieux village de Saint–Vérans. C’est à pied qu’il se découvre car les voitures y sont interdites en été. En tête du groupe, Eric nous guide à travers ce lieu attachant de 290 habitants où « Les coqs picorent les étoiles ». L’essentiel du village s’étire sur le flanc de Beauregard. Nous débutons la balade d’environ un kilomètre en admirant à la fois les maisons construites en bois et en pierre  et le paysage très ouvert sur les montagnes environnantes. Les maisons bâties en fuste (Fûts de mélèze) uniques en Europe, marquent les quartiers de Pierre-Belle, le Villard, le Châtelet, les Forannes, la Ville, les Fontettes. Elles présentent en avant de leurs greniers à fourrage de longues galeries de fustes où les céréales finissent de mûrir vu la brièveté de la belle saison. Les photographes ne manquent pas de matière. Les toits de lauzes ou de bardeaux de mélèze rappellent l’âpreté du climat en altitude.

 Pourtant quantité de cadrans solaires peints sur diverses façades célèbrent l’astre du jour et rappellent le midi tout proche. Eric nous commente chaque quartier surtout celui des Forannes dont le four banal met en évidence la solidarité des villageois. La cuisson du pain s’y faisait environ tous les un à trois mois. Les habitants réalisaient cette opération en commun pour économiser le bois et le temps. Chaque famille avait sa marque pour le pain à base de seigle essentiellement. Une fontaine en bois de mélèze, aujourd’hui ornée de fleurs,  alimente en eau chacun des six quartiers. Dans l’un d’eux, une grande photo en noir et blanc montre l’époque de la lessive à l’extérieur même sous la neige. En chemin, nous rendons visite à la poste où chacun veut

une oblitération du plus haut village d’Europe ! Une fois de plus, nous testons la cordialité des habitants.

L’heure avance, il est temps de descendre dans la vallée du Guil pour manger au bord de l’eau et faire honneur au lunch emporté de l’hôtel. Tout au long du trajet, Eric nous fait remarquer les nombreuses marmottes coquines  et amusantes qui jouent les sentinelles sur notre passage pour notre plus grand plaisir ! Après le repas, nous rejoignons Château-Ville-Vieille pour une visite à la Maison de l’Artisanat. Nous l’ignorions encore mais nous allions y découvrir l’art original du Queyras. Cette région possède en effet son propre art populaire, œuvre de paysans bloqués lors de longues soirées d’hiver dans leurs maisons à fustes.  Nous sommes surpris par la beauté des armoires, coffres de mariage, tables basses, berceaux…décorés de rosaces ou d’étoiles sculptées au couteau. Ces meubles réalisés en mélèze ou en pin combro nous montrent l’habileté des Queyrassins à manier les outils mais aussi leur créativité alors qu’ils vivaient dans des contrées reculées où l’on se contentait du nécessaire dans la plupart des foyers. Bien mis en valeur, tous les objets nous tentent mais …notre portefeuille n’y suffirait pas. Nous nous rabattons sur quelques savoureuses friandises à offrir au retour. Sur ces entrefaites, le car ramène nos sportifs moins fatigués que nous ne l’avions craint, tous ravis de ce bain de nature authentique.

Notre guide propose alors d’entamer le circuit montagne vers le col de l’Izoard. Chemin faisant, il nous initie à la lecture du paysage en commentant pour nous la flore du chemin. L’astragale queue-de-renard, originaire des steppes, le saxifrage des régions arctiques font figure d’invitées de marque. L’édelweiss, l’anémone nous sont plus familières. La faune a ses ambassadeurs de prestige comme le chamois, l’aigle royal et le tétra-lyre, eux ne se montent pas. Les mouflons et les bouquetins pourraient être moins farouches. Bientôt les dénivelés très marqués et la route en lacets nous font soupçonner l’approche du col mythique du tour de France . A 2360 m nous descendons du car. Le contraste nous surprend entre d’un côté des sommets largement gazonnés, sans doute du Briançonnais, et de l’autre la Casse Déserte. Le vent fort et froid nous enveloppe tandis qu’une sorte de décors lunaire s’offre à nos yeux. Nous nous approchons de la table d’orientation pour mettre des noms sur ce paysage sauvage et beau .Les photographes immortalisent les lieux : un monument en reconnaissance à l’Armée des Alpes qui construisit ce passage et deux plaques commémoratives aux héros rivaux du vélo : Fausto Coppi vainqueur du Tour de France en 1952 et Louison Bobet qui triompha en 1953,54 et 55.
Encore une fois nous sommes subjugués par le paysage et ces exploits sportifs incroyables. Sur le chemin de descente nous dépassons le Refuge Napoléon, construit sur ce parcours difficile grâce à un don de l’empereur en reconnaissance de l’accueil reçu à Gap lors des Cents-Jours. Nous poursuivons le retour par Briançon en prenant conscience du long périple de cette journée où nous avons été baladés comme des princes à travers la montagne dont Eric notre guide a su nous faire partager bien des secrets.

En soirée, après un repas très soigné où nous goûtons la charcuterie régionale, les jeunes animateurs  nous font sourire avec un spectacle bon enfant, un peu naïf. Les parties de pétanque par contre se révèlent beaucoup plus animées !  Encore une belle journée très remplie qui se termine agréablement.

 

Mardi 23 juin, jour de repos du chauffeur, sera pour nous « La ruée vers l’eau »  c. à .d « La grande croisière sur le lac » offerte par le club.

Nous sommes tous très impatients de naviguer 1h30 à bord du « Serre-Ponçon », à la découverte des plus beaux sites du lac jusqu’au plus près du barrage.

Car, ne l’oublions pas, ce lieu magnifique est né du désir de sauver la vallée de la Durance des crues et sécheresses dévastatrices qui bouleversaient la vie de ses habitants. Notamment les crues torrentielles de 1957, preuve de la nécessité des travaux entamés en 1955.

Dès l’embarquement, chacun s’installe à sa convenance : à l’abri du vent dans la cabine ou à l’extérieur en prise directe avec le lac, tous très attentifs aux explications du capitaine.

Celui-ci ne nous fait grâce d’aucun détail technique. Nous voyons un lac dévolu aux loisirs, il nous parle de la seconde plus grande retenue artificielle d’Europe, d’un réservoir de 1,2  milliard de m3 d’eau sur  2800 ha alimentant 16 centrales hydroélectriques et permettant l’irrigation de 150.000 ha cultivés en Basse-Durance .

Ce lieu de confluence de la Durance et de l’Ubaye, parfaitement intégré au paysage nous apparaît sous le soleil comme la grande cour de récréation des sports nautiques. Le capitaine d’ailleurs, nous signale les plages animées, les pédalos, les voiliers, les planches à voile ! Nous recherchons du regard notre village VVF accroché à flanc de montagne, nous contournons la chapelle Saint Michel que nous admirons chaque matin de nos balcon.  La magnifique croisière bien ancrée dans notre époque se termine. Ensemble nous remontons à pied vers le village pour prendre l’apéritif entre amis et profiter de la terrasse ensoleillée.

 

L’après-midi, nombre d’entre-nous décident de profiter du soleil et des agréments de la piscine ou, pourquoi pas de faire un tour en pédalo entre copines. Pour les mordus de la marche, le circuit « facile » dit « Les Curattes »s’impose au départ du VVF. Nous quittons alors ce point de départ idéal pour une belle randonnée contournant notre lieu de séjour par l’ouest. Techniquement, le dénivelé cumulé de 150 m ne doit pas nous effrayer, l’altitude mini de  855m et maxi de 963 m non plus mais…pour un randonneur moyen du Hainaut, les mots ne couvrent pas la même réalité et la montagne nous semble dure, la chaleur accablante. Heureusement le point de vue sur le lac récompense de tous les efforts !

Dans la descente nous avons même la surprise de longer la plage où nos amies terminent leur promenade en pédalo. Elles nous rejoignent et nous rentrons en groupe.

Véritable défi pour nos mollets fatigués, la soirée dansante proposée pour terminer la journée fut rapidement éludée par contre les tournois de belote remportèrent un vif succès.

 

Mercredi 24 juin  rendez-vous dans la Nice des Alpes. Quel changement d’atmosphère si on se souvient du Queyras. Avec ses placettes et fontaines, ses crépis colorés, ses balcons au soleil, la vieille ville d’Embrun donne une impression de Provence. A l’approche du car, nous la voyons juchée sur le Roc : promontoire de 80 mètres de haut, avec sa belle cathédrale jadis bergère de la Durance et de ses radeliers.

Cette matinée au marché d’Embrun  constitue pour nous une bulle de détente et de contact avec les artisans locaux. Notre chauffeur nous dépose au parking d’entrée et nous recommande bien de respecter l’horaire.  Sacré Michel, toujours sérieux !

Ici ce sont déjà les soldes et c’est l’occasion de se faire plaisir. Les plus curieux  flânent dans les rues étroites à la recherche de la Tour Brune réputée pour la vue panoramique sur la ville et les environs. Malheureusement elle est fermée, dommage ! Il reste alors la cathédrale Notre-Dame-du-Réal qui montre aux visiteurs une belle union entre les parties romanes et la nef centrale voûtée d’ogives gothiques au décors rayé de calcaire blanc  et de schiste noir. Elle rappelle la présence dans le passé d’Archevêques nommés princes d’Embrun ! Comme il se doit , la fin de matinée réunit le groupe en terrasse pour quelques rafraîchissements. A l’insu du Président et de sa dame, les murmures furtifs font savoir que ce que vous savez a été acheté ! Qu’est-ce ?...Le dernier soir nous saurons tout !

En rentrant au VVF, nous empruntons le pont de Savinnes pour traverser le lac que désormais nous regardons d’un œil plus averti.

 

L’après-midi sera plus dense car dès 14 heures nous partons pour la double découverte du barrage et de ses environs.

Pour les randonneurs confirmés, ce sera un voyage dans les temps géologiques à la rencontre des Demoiselles coiffées de Théus. Pour les autres  une intrusion dans le rêve de l’ingénieur Ivan Wilhem par une visite au Muséoscope du Lac.

D’abord Michel dépose nos 9  intrépides randonneurs au départ du circuit de Vallauria. Parmi eux, une mention spéciale pour Jocelyne qui porte seule les couleurs des dames dans la randonnée difficile. Bravo !

C’est sûr ils partent pour la découverte d’un des spectacles les plus étranges des Alpes du Sud : la salle de bal des demoiselles coiffées. Cet endroit offre la plus grande concentration de colonnes. Ces « Cheminées de fées » sont des moraines glaciaires préservées de l’érosion par un bloc rocheux faisant parapluie. Il tasse les couches sous-jacentes et renforce la résistance. Une Demoiselle meurt donc en perdant sa coiffe. Mais qu’on se rassure , elles n’ont rien perdu d’autre…car jamais montées : vierges d’escalade comme a crû bon de nous le préciser Eric notre guide-accompagnateur.

Pendant ce temps, nous nous laissons surprendre par l’histoire  du plus grand barrage en terre d’Europe. A mille lieues du musée traditionnel, le Muséoscope du lac nous propose un parcours sonore et visuel destiné à mettre en lumière la problématique de la Durance, de ses débordements et les solutions apportées par le génie humain. Quel génie en effet que l’ingénieur Ivan Wilhem dont l’esprit avait imaginé dès la fin du 19ème siècle un projet de barrage à cet endroit pour endiguer les vélléités dévastatrices de la Durance. Avant même que le procédé n’existe pour en permettre la réalisation ! Il était loin d’imaginer qu’un demi-siècle plus tard, son projet aboutirait à une des plus belles réussites économiques du pays.

Au musée, une salle des maquettes nous fait voir les villages engloutis lors de la construction du barrage. Dans la salle Durance, avec le film sur l’avant-barrage, l’émotion nous étreint car les images et les témoignages des personnes expropriées sont poignants . Il serait curieux de revoir le film « L’eau vive » réalisé en 1956 selon un scénario de Giono et inspiré par la disparition des villages sous les eaux du barrage.

construction qui ne fut pas banale. Le film de la salle Ubaye nous présente Wilhem, le concepteur et illustre bien le procédé de construction  de cette digue en terre à noyau central d’argile étanche : 14 millions de m3 de matériaux extraits du lit de la Durance, 600 m de pente, 123 m de haut et une épaisseur de base de 650 m ! Les images du grand chantier débuté en 1955 pour finir en 1960  défilent sous nos yeux. Les grues et les camions déversaient l’argile mais finalement, la vie, le travail et les moyens de subsistance pour de nombreux ouvriers. Au retour vers les maquettes, l’émotion devient palpable car une technique innovante nous montre le spectacle de l’engloutissement des villages. Mise en scène pour le moins inattendue ! Le musée a bien changé. Nous quittons les lieux sur une note poétique, surréaliste même avec la légende d’Amédée, inconsolable fantôme ? Au soleil, nous retrouvons la vue d’ensemble du belvédère Ivan Wilhem à 847 m d’altitude. Désormais pour nous, un ouvrage à visage humain.

Tout le groupe se trouve rassemblé lorsque nous récupérons les randonneurs à l’endroit où nous les avions déposés. Nous sommes rassurés de les voir rescapés des attaques de vipères et de lynx qui paraît-il peuplent ces régions. Nous rentrons au bercail le cœur plein de sentiments contradictoires ! Nous ne nous étonnons pas de voir dans la vallée d’immenses vergers de pommiers et de poiriers que de grands filets protègent des orages et de la grêle.

La soirée nous réconforte, le lac scintille sous la lune, tout est calme. Nous participons au jeu de lotto où les HT025 se singularisent  et remportent 3 prix ! A la belote toujours la même passion dans les équipes. Encore un beau jour d’été plein de nouveautés.

 

Jeudi  25 juin , notre guide-accompagnateur nous rejoint dans le car dès 8h30 pour une escapade vers la porte du Sud ainsi nommée en raison d’un ensoleillement exceptionnel.

La route nous est déjà familière en traversant le pont de Savinnes et la localité de Savinnes-le -lac consacrée aux sports nautiques. Nous remarquons mieux les détails du paysage comme le joli château de Picomtal dressant à droite du chemin son architecture du XVIème siècle. Eric nous signale les tentatives de culture du vignoble. Répondant à notre curiosité sur les occupations des habitants, il nous avoue qu’il n’est pas rare ici de devoir exercer trois activités professionnelles pour gagner sa vie. Lui-même guide en saison touristique se produit comme musicien et travaille comme photographe-réalisateur de documentaires sur la faune et la flore des Alpes. Voilà sans doute un des volets de la face cachée de cette belle région ! Bientôt nous parcourons la plus séduisante vallée du Briançonnais : la vallée de la Clarée. Sans remontées mécaniques, le paysage se présente comme un patchwork d’alpage et de forêts de mélèzes. Nous faisons halte à Névache, 1594 m où la « ville haute »étale à l’adret ses maisons de bois .Nous sommes séduits par ce village ancien au charme indéniable. La rue principale aux vieilles maisons fleuries nous conduit à l’église St Marcellin entourée de son cimetière poétique à souhait sous les jolies fleurs sauvages.

A l’intérieur, un retable baroque contraste avec la simplicité du lieu. Ici, les habitants nous saluent, j’en ai vu certains échanger un point de vue avec nos marcheurs. La boutique fait le plein : comment résister aux marmottes en peluche ? Une photo de groupe immortalise ce beau moment et nous partons pour Montgenèvre .

C’est une des plus grandes stations de sports d’hiver de la région. Le site est superbe, dominé par le mont Janus et des sommets approchant les 3000 m .Ici débuta vers 1907  l’aventure des précurseurs de l’école du ski français.

 

Au vu des nombreux remonte-pentes, nous devinons l’ampleur du domaine skiable. Les appartements fermés, les grands cafés vides nous font éprouver le sentiment d’arriver après la fête. Nous poursuivons vers Clavière  pour pénétrer en Italie et y faire quelques achats à moindres frais . Vins et liqueurs, apéritifs, chocolats, pâtes …les réserves sont vite faites.

 

Pour le repas de midi , Eric décide de nous amener au parc de Briançon  bordant  la Durance.  Effectivement , l’endroit bien adapté nous permet de sortir les pique-niques pour manger à l’aise avant d’entamer une visite de la ville.

 Idéalement située au carrefour de 4 vallées Briançon , aussi appelée cité Vauban est depuis toujours une ville sentinelle dominant la Durance. Nous parcourons les rues en pente de la ville haute qui garde une allure  un peu désuète de village médiéval. Les boutiques , les antiquaires, les terrasses nous accueillent et nous détendent. Puis dépassant l’entrée du Fort du château nous avançons jusqu’au point de vue sur la porte de la Durance qui coule en contrebas dans le ravin. A 56 m , ce ravin est franchi par une arche de 40 m : le pont d’Asfeld. Nous sommes tous impressionnés par la grandeur du paysage et de l’ouvrage. Eric nous invite à poursuivre notre route : il nous ménage une surprise ! Et c’en est une : la fontaine pétrifiante de Réotier nous laisse tous sans voix. L’eau minéralisée de différentes nuances de beige et de brun a formé des draperies de concrétions  superposées qui donnent l’impression d’un personnage fantomatique  issu d’un autre monde. Seules les photos peuvent rendre ce spectacle avec force.  Les DVD illustrant le voyage sont d’ailleurs fort nombreux cette année : ils nous permettrons de prolonger le plaisir…

Nous rentrons ensuite au VVF, l’esprit plein d’images nouvelles et de sujets de réflexion. Après le jacuzzy, la piscine et l’apéro, nous passons à table pour déguster ce soir-là une recette locale : brandade de poisson - salade suivie d’un assortiment de desserts irrésistibles. La soirée dédiée à la chanson française est des plus réussies. L’interprète, excellent chanteur met l’ambiance : le public participe allègrement, c’est le top !

La soirée s’achève sur cette magnifique journée  riche en découvertes.

 

Vendredi 26juin , l’abbaye de Boscodon nous attend , nichée au coeur de sa  forêt entre Savinnes et Embrun.

Lieu de rencontre, l’abbaye est encore en chantier de restauration notamment pour le cloître. Aidée par diverses associations et les pouvoirs publics, elle travaille dans un esprit monastique de simplicité et de retour à l’essentiel. Nous visitons ce bâtiment de style roman aux sculptures de bois proches de l’art moderne par les lignes dépouillées. Personne ne vient à notre rencontre : ce vide entretien le mystère du lieu. Nous parcourons les jardins et le sentier botanique, certain se lancent dans la courte randonnée proposée.  Les dames s’installent à la terrasse rudimentaire du magasin pour un moment de détente paisible apprécié après le long périple de la veille.


 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’après-midi une majorité préfèrera profiter  du confort et des plaisirs du VVF plutôt que d’effectuer l’excursion à Sistéron. Ils n’ont pas eu tort car l’averse y était au rendez-vous comme un premier signal du retour.


Néanmoins pour ceux qui testèrent l’aventure l’éclaircie permit une belle promenade dans une ville aux tuiles rouges et aux clochers provençaux déjà ! La panne de car, sans gravité, survint au retour .Le service dépannage fit diligence et tout finit bien.

L’apéritif de remerciement au Président, à sa dame et …au chauffeur fut à peine retardé et le suspens prit fin concernant les souvenirs: un beau bâton de marche sculpté et son blouson rouge assorti pour José, un plateau à fruits pour Madame , une bouteille …de Perrier pour Michel, notre très sérieux chauffeur préféré ! Tout cela sous les applaudissements nourris de marcheurs comblés par un si beau séjour.

 

Samedi 27 juin  nous quittons le Vergeret Oriental après le petit déjeuner. Le retour se fait d’abord dans un brouillard inattendu . Décidément, la montagne est imprévisible. Heureusement tout s’arrange : nous rentrons sans problème dans les délais prévus et le changement de chauffeur imposé.

 Un grand merci au Comité et à José Fonteyn,  son Président surtout, qui fut sans faiblir notre Peter Pan vers le « Grand Bleu à la montagne »

 

Jeannine SCIAVARTINI

 

 

 

 


                                                                                             





 

11:33 Écrit par Viviane Roman dans voyage | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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